Le Qatar est en deuil. Le décès de Son Altesse le Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, ancien Émir du Qatar et Père Émir, marque la disparition de l’un des dirigeants les plus influents du monde arabe contemporain. À la tête de l’État qatari de 1995 à 2013, il aura profondément transformé un petit État du Golfe en une puissance mondiale de l’énergie, de la diplomatie et de l’investissement.
Au-delà de son héritage économique et politique, Cheikh Hamad laisse également le souvenir d’un dirigeant qui a su bâtir des relations solides avec le continent africain. Convaincu que l’Afrique constituerait l’un des grands pôles de croissance du XXIᵉ siècle, il a posé les bases d’un partenariat durable qui continue aujourd’hui de façonner les relations entre Doha et de nombreuses capitales africaines.
Une rencontre historique avec le Sénégal
Parmi les étapes marquantes de cette diplomatie africaine figure sa visite officielle au Sénégal en 1999, à l’invitation du Président Abdou Diouf.
À cette occasion, le chef de l’État sénégalais lui décerna la Grand-Croix dans l’Ordre national du Lion, la plus haute distinction honorifique de la République du Sénégal. Ce geste dépassait le simple protocole diplomatique. Il traduisait la volonté des deux pays d’ouvrir une nouvelle page de coopération politique, économique et culturelle.
Cette rencontre intervenait à une période où le Qatar, encore peu présent sur la scène africaine, cherchait à diversifier ses partenariats internationaux. Le Sénégal, reconnu pour sa stabilité politique, son influence diplomatique et son rôle au sein de la Francophonie et de l’Organisation de la coopération islamique, apparaissait comme un partenaire naturel.
Avec le recul, cette visite peut être considérée comme l’un des jalons de la politique africaine que Doha allait progressivement déployer au cours des décennies suivantes.
Le bâtisseur du Qatar moderne
Lorsque Cheikh Hamad accède au pouvoir en 1995, le Qatar est encore un petit État dont l’économie repose essentiellement sur les hydrocarbures.
En moins de vingt ans, il engage une transformation spectaculaire.
Sous son impulsion, le Qatar devient le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), développe l’une des plus importantes compagnies aériennes au monde avec Qatar Airways, crée la chaîne Al Jazeera, investit massivement dans l’éducation, la recherche et les infrastructures, tout en faisant de Doha un acteur incontournable de la médiation internationale.
Son règne marque également l’ouverture du pays sur le monde à travers une stratégie d’investissements internationaux et de diplomatie économique qui fera du Qatar un partenaire recherché bien au-delà du Moyen-Orient.
L’Afrique, un partenaire stratégique
Très tôt, Cheikh Hamad comprend que l’Afrique représente bien plus qu’un marché émergent. Le continent offre des perspectives considérables en matière d’agriculture, d’énergie, de logistique, de sécurité alimentaire et d’investissement.
Cette vision sera poursuivie et amplifiée par son successeur, Son Altesse l’Émir Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani.
Aujourd’hui, les investissements qataris concernent des secteurs aussi variés que les infrastructures, le transport aérien, les télécommunications, les services financiers, l’hôtellerie, les mines, l’agriculture et les énergies renouvelables.
Le Qatar s’est également imposé comme un partenaire diplomatique de premier plan, en soutenant des initiatives de médiation, des programmes humanitaires et des projets de développement dans plusieurs pays africains.
Une relation fondée sur le respect mutuel
Contrairement à certaines puissances qui privilégient une logique de compétition géopolitique, Doha a progressivement développé avec de nombreux États africains une approche axée sur le dialogue, l’investissement et les bénéfices mutuels.
Cette stratégie lui a permis de renforcer ses relations avec des pays aussi divers que le Sénégal, le Rwanda, le Maroc, l’Égypte, le Soudan, l’Algérie, la Mauritanie, le Nigeria, le Kenya ou encore l’Afrique du Sud.
Dans plusieurs capitales africaines, le Qatar est aujourd’hui perçu comme un partenaire capable de mobiliser rapidement des financements pour des projets structurants tout en développant une coopération dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la sécurité alimentaire.
Un héritage qui dépasse les frontières du Golfe
L’influence de Cheikh Hamad ne se limite pas aux performances économiques du Qatar.
Il aura démontré qu’un État de taille modeste pouvait exercer une influence internationale grâce à une vision stratégique, une diplomatie active et des investissements ciblés.
Son héritage est visible dans la place qu’occupe aujourd’hui Doha comme plateforme de médiation internationale, centre financier, hub aérien mondial et acteur majeur de la diplomatie énergétique.
En Afrique, son action a contribué à ouvrir une nouvelle ère de coopération entre le Golfe et le continent, fondée sur des partenariats économiques de long terme.
Un hommage à un partenaire de l’Afrique
La disparition de Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani intervient à un moment où les relations entre le Qatar et l’Afrique connaissent une intensification sans précédent.
Les investissements se multiplient, les échanges commerciaux progressent et les consultations diplomatiques se renforcent.
En rendant hommage à l’ancien Émir, l’Afrique se souvient non seulement d’un chef d’État visionnaire, mais aussi d’un dirigeant qui avait compris, avant beaucoup d’autres, que l’avenir de la coopération internationale passerait par un partenariat plus étroit entre le Golfe et le continent africain.
L’hommage que lui rendit le Président Abdou Diouf en 1998 prend aujourd’hui une résonance particulière. Il rappelait déjà que les relations entre les nations se construisent autant par les symboles que par les projets communs. Vingt-huit ans plus tard, ces liens continuent de se renforcer, témoignant de la profondeur d’une relation dont Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani fut l’un des principaux artisans.








