Le Sénégal s’apprête à être sous les projecteurs du cinéma international avec le tournage du film biopic dédié à Akon, artiste mondialement connu dont le parcours incarne à la fois le succès de la diaspora africaine et les nouvelles formes d’influence du continent. Réalisé par David Serero, le film entend retracer l’itinéraire exceptionnel d’un homme devenu au fil des années une icône culturelle, entrepreneuriale et philanthropique. Dans cet entretien exclusif accordé à Diplomatika, le réalisateur nous livre sa vision du projet, son regard sur le rôle de la culture dans les relations internationales et sa perception du potentiel africain en matière de diplomatie culturelle.
David Serero avec Akon
1. Akon est bien plus qu’une star de la musique ; il est devenu une figure mondiale associée à l’Afrique. Pourquoi avoir choisi de raconter son histoire aujourd’hui ?
Akon est l’une des personnalités africaines les plus influentes de sa génération. Tout le monde connaît ses chansons, mais peu de gens connaissent réellement son parcours, son histoire familiale, ses racines sénégalaises et la manière dont elles ont façonné l’homme qu’il est devenu.
J’ai choisi de raconter son histoire aujourd’hui parce qu’elle dépasse largement la musique. C’est l’histoire d’un enfant du Sénégal devenu une superstar internationale, mais qui n’a jamais oublié d’où il vient. Dans un monde où les modèles positifs sont essentiels, Akon incarne la réussite, la persévérance, l’ambition et l’attachement à ses origines. Son parcours mérite d’être transmis aux nouvelles générations, en Afrique comme ailleurs.
2. Le tournage de ce biopic se déroule à Dakar actuellement avec des figures artistiques comme Youssou Ndour. Quel rôle le Sénégal joue-t-il dans la construction de l’identité, du parcours et du rayonnement international d’Akon ?
Le Sénégal est au cœur de l’histoire d’Akon. Même s’il a grandi entre plusieurs cultures, son identité profonde est profondément sénégalaise. Sa famille, son éducation, ses valeurs et sa vision du monde sont intimement liées au Sénégal.
Le film montre que le succès international d’Akon ne s’est jamais construit en opposition à ses racines, mais grâce à elles. Le Sénégal lui a donné une force culturelle et humaine qui l’a accompagné tout au long de sa carrière.
La participation de personnalités emblématiques comme Youssou Ndour est particulièrement importante, car elle permet de replacer Akon dans la continuité culturelle sénégalaise. Le Sénégal est depuis longtemps une grande nation culturelle et musicale. À travers Akon, c’est aussi l’histoire du rayonnement du Sénégal sur la scène mondiale qui est racontée.
3. Considérez-vous ce film comme un simple projet cinématographique ou également comme un outil de diplomatie culturelle capable de renforcer l’image de l’Afrique à l’international ?
Je le considère clairement comme les deux.
C’est avant tout un film de cinéma, mais aussi un formidable outil de diplomatie culturelle. Pendant trop longtemps, l’Afrique a souvent été racontée par des regards extérieurs. Ici, nous racontons l’histoire d’un Africain qui a conquis le monde tout en restant fier de ses origines.
Akon est un ambassadeur naturel de l’Afrique. Son parcours montre une Afrique créative, ambitieuse, innovante et tournée vers l’avenir. Le cinéma a le pouvoir de changer les perceptions, et je pense que ce film contribuera à présenter une image plus juste et plus inspirante du continent africain auprès du public international. America has Superman, Africa has Akon!
4. À travers le parcours d’Akon, quelles leçons souhaitez-vous transmettre sur les relations entre diaspora africaine, développement du continent et influence mondiale ?
L’une des grandes leçons du parcours d’Akon est qu’il n’existe pas de contradiction entre la réussite internationale et l’engagement envers ses racines.
Akon est devenu une star mondiale, mais il a toujours cherché à maintenir un lien fort avec l’Afrique. Son histoire montre que la diaspora africaine constitue une force extraordinaire pour le développement du continent. Les talents africains présents partout dans le monde peuvent contribuer à faire rayonner l’Afrique sur les plans culturel, économique et social.
Le message du film est simple : on peut réussir au plus haut niveau mondial tout en restant profondément attaché à son pays d’origine. Akon incarne cette passerelle entre l’Afrique et le reste du monde.
5. Selon vous, quel impact ce biopic pourrait-il avoir sur la perception de l’Afrique par les publics internationaux et sur la valorisation des talents africains dans l’industrie mondiale du divertissement ?
J’espère que ce film rappellera au monde que l’Afrique n’est pas seulement un marché ou un sujet d’actualité ; c’est aussi une source immense de créativité, de talents et d’histoires universelles.
Le parcours d’Akon démontre qu’un artiste africain peut influencer la culture mondiale, collaborer avec les plus grandes stars et marquer durablement l’industrie du divertissement.
Je souhaite également que ce film inspire les jeunes talents africains. Akon est la preuve qu’il est possible de partir d’un héritage africain fort et de bâtir une carrière mondiale sans renoncer à son identité. Son histoire est une source d’espoir et de confiance pour toute une génération.
Question de conclusion
Dans un contexte où les industries culturelles deviennent des instruments de soft power, pensez-vous que l’Afrique dispose aujourd’hui des moyens nécessaires pour raconter elle-même ses grandes histoires au monde ?
Oui, plus que jamais.
L’Afrique possède les talents, les artistes, les créateurs, les techniciens et, surtout, les histoires. J’ai eu le plaisir de filmer aujourd’hui Positive Black Soul, avec DJ Awadi et Duggy-T, avec qui Akon a débuté. Ce sont les pionniers du rap sénégalais et des figures historiques dont les histoires doivent être racontées et surtout célébrées. Ce qui change aujourd’hui, c’est que le continent dispose de plus en plus d’outils pour produire, financer et diffuser ses propres récits à l’échelle mondiale.
Le succès international d’Akon démontre que les histoires africaines intéressent le monde entier lorsqu’elles sont racontées avec authenticité.
Nous sommes à un moment historique où l’Afrique peut prendre la parole de sa propre voix. Mon film consacré à Akon s’inscrit dans cette dynamique. Au-delà de l’histoire d’un homme exceptionnel, c’est aussi l’histoire d’un continent qui affirme sa place dans la culture mondiale et montre que ses plus grandes histoires restent à raconter.







