Article issu du magazine Diplomatika – N°03 Par Maminiaina Cédrick RAMAROSON, Docteur en Économie, enseignant à la Faculté de Droit et des Sciences Politiques de l’Université de Fianarantsoa (Madagascar)
Du diamant botswanais au cuivre congolais et zambien, plusieurs États africains cherchent à reprendre la main sur la gouvernance et la valorisation de leurs ressources stratégiques. La bataille autour de De Beers illustre cette volonté de passer du statut de fournisseur de matières premières à celui d’acteur de la chaîne de valeur, tout en révélant les limites d’une souveraineté encore dépendante des capitaux et des marchés extérieurs.
Un géant du diamant en vente, et une bataille de souveraineté
Depuis près d’un siècle et demi, De Beers incarne à elle seule l’histoire du diamant industriel : de la découverte des gisements du Kimberley à la construction d’un quasi-monopole mondial sur le négoce du diamant brut. En 2026, ce géant change à nouveau de mains et cette fois, ce ne sont pas seulement des investisseurs financiers qui se disputent le contrôle de l’entreprise, mais des États producteurs eux-mêmes.
Selon les informations rapportées par Mining.com, Anglo American, qui détient 85 % de De Beers, a engagé la cession de sa participation dans le cadre d’une restructuration entamée il y a près de dix-huit mois, dans un contexte de ralentissement prolongé du marché du diamant et de concurrence croissante des pierres synthétiques.
Le Botswana, actionnaire minoritaire historique, détient les 15 % restants du capital. C’est dans ce contexte de cession que Gaborone a choisi de jouer un tout autre rôle que celui de spectateur.

Le Botswana veut passer de la rente à la gouvernance
Le Botswana possède aujourd’hui 15 % de De Beers et cherche à porter cette participation au-delà de 50 % afin d’obtenir ce que son gouvernement appelle un « contrôle effectif » de l’industrie du diamant. Le président Duma Boko a formulé cette ambition publiquement à plusieurs reprises depuis l’automne 2025 ; la lettre d’information spécialisée Africa Confidential rapporte qu’il l’a notamment annoncée depuis New York, le 22 septembre, précisant que son gouvernement préparait une prise de participation majoritaire dans le conglomérat, avec l’objectif de finaliser une transaction avant la fin du mois d’octobre.
L’argument avancé par Gaborone n’est pas seulement financier, il est structurel. Une analyse du cabinet Discovery Alert consacrée au dossier souligne qu’une participation de 15 % dans une entreprise où Anglo American contrôle 85 % du capital n’a jamais donné au Botswana une influence réelle sur les décisions déterminant la valeur effective de ses propres diamants sur le marché mondial.
Le système d’allocation des lots de diamants bruts aux tailleurs et polisseurs le « sightholder system » fonctionnant comme un outil commercial qui façonne les références de prix à l’échelle mondiale. Autrement dit : produire la matière première ne suffit pas à en capter la valeur si l’on ne contrôle ni le prix, ni la marque, ni la distribution.
Le poids économique de ce pari est considérable. Selon News24, plus des deux tiers des pierres brutes commercialisées par De Beers sont extraites du sous-sol botswanais ; Mining.com relève par ailleurs que le diamant représente environ 80 % des exportations du pays, une dépendance qui explique à la fois l’urgence de la démarche et sa fragilité, le Botswana risquant de concentrer davantage encore son exposition à un seul secteur en difficulté cyclique plutôt que de la diversifier.
Pour financer une opération de cette ampleur, Gaborone a dû chercher des partenaires financiers extérieurs à l’industrie minière elle-même.

Bloomberg a révélé que le pays a engagé des discussions avec les Émirats arabes unis et le sultanat d’Oman pour l’aider à acquérir une participation « stratégique » dans De Beers, dans le prolongement de contacts noués dès l’année précédente avec un fonds souverain du Golfe ; Africa Confidential évoque de son côté des engagements qataris pouvant atteindre 12 milliards de dollars, destinés en partie à soutenir cette ambition.
Ce recours à des capitaux extérieurs illustre une tension centrale du dossier : reprendre la main sur la gouvernance d’une ressource nationale suppose souvent de s’endetter ou de s’associer à d’autres puissances financières, ce qui déplace la question de la souveraineté plus qu’il ne la résout entièrement.
Pour continuer à lire l’article, veuillez vous abonner au magazine sur ce lien : https://diplomatika.net/abonnement/








