Le Sénégal a plaidé en faveur d’un accès équitable à l’information des Nations Unies dans toutes les langues officielles de l’Organisation, tout en appelant à une réponse renforcée contre la désinformation, la mésinformation et les discours de haine. Cette position a été défendue lors de l’examen annuel des activités du Département de la communication globale (DGC) par la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies, actuellement présidée par le Représentant permanent du Sénégal auprès de l’ONU, l’Ambassadeur Coly Seck.
À travers cette intervention, Dakar réaffirme son engagement en faveur du multilinguisme, de la liberté d’expression et de la diffusion d’une information fiable dans un contexte mondial marqué par la prolifération des contenus trompeurs et la fragilisation de la confiance envers les sources d’information.
Ouvrant les débats devant la Quatrième Commission, la Secrétaire générale adjointe à la communication globale, Melissa Fleming, a dressé un constat préoccupant sur l’environnement informationnel contemporain. « Les gens sont plus connectés que jamais, mais ils se sentent aussi dépassés. Ils reçoivent plus de contenus qu’ils ne peuvent en absorber, mais ils ont aussi trop peu de sources auxquelles ils estiment pouvoir se fier », a-t-elle déclaré.
Selon elle, la mission du système onusien consiste désormais à fournir des informations exactes, accessibles et adaptées aux réalités linguistiques des populations afin de renforcer leur participation aux grands enjeux mondiaux. Cette question revêt une importance particulière dans le cadre des travaux de la Quatrième Commission, qui traite des questions politiques spéciales et de la décolonisation.
Les recommandations issues de ses travaux orientent notamment les activités du Département de la communication globale ainsi que celles des Centres d’information des Nations Unies à travers le monde.

Dakar réclame la parité entre les langues de l’ONU
Prenant la parole au nom du Sénégal, Alioune Touré Seck, Premier conseiller à la Mission permanente du Sénégal auprès des Nations Unies, a insisté sur la nécessité de garantir une véritable égalité entre les langues officielles de l’Organisation. Pour le diplomate sénégalais, cette égalité doit s’appliquer aussi bien aux documents officiels qu’aux travaux informels menés au sein du système des Nations Unies.
Il a également souligné l’importance de diffuser l’information dans d’autres langues nationales ou dialectes locaux lorsque cela s’avère nécessaire, conformément à la résolution, sur le multilinguisme, adoptée récemment par l’Assemblée générale.
Au-delà de la question linguistique, le Sénégal a rappelé le rôle fondamental des Nations Unies dans la défense d’un espace informationnel sain. « Il est essentiel que la Commission et le Département de la communication globale jouent un rôle décisif dans la promotion de la liberté d’expression et de l’accès à une information pluraliste »,a affirmé M. Touré Seck.
Face à l’utilisation croissante des technologies de l’information à des fins de mésinformation, de désinformation et de propagation des discours de haine, le représentant sénégalais a exhorté l’Organisation à demeurer proactive dans la diffusion d’une information « constructive, complète, fiable et neutre ».
Le Centre d’information de Dakar, un acteur stratégique en Afrique de l’Ouest
Dans son intervention, le Sénégal a mis en avant le rôle du Centre d’information des Nations Unies (CINU) de Dakar, qui couvre six pays d’Afrique de l’Ouest. Depuis la capitale sénégalaise, le centre assure la diffusion rapide et régulière des informations onusiennes auprès des institutions publiques, des médias, des chercheurs, des organisations de la société civile et du grand public.
Le Sénégal a également appelé au renforcement du Programme spécial d’information des Nations Unies sur la question de Palestine et a insisté sur la nécessité de garantir l’accès des médias indépendants au Territoire palestinien occupé.
La transformation numérique comme levier de développement
Les autorités sénégalaises ont également profité de cette réunion pour exposer leur vision du progrès numérique. Trois priorités ont été mises en avant : le renforcement de la coopération internationale en matière de sécurité numérique et de formation, la promotion de technologies inclusives et durables, ainsi qu’un investissement accru dans les infrastructures numériques, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de la santé et des services publics.
Cette orientation s’inscrit dans le cadre du New Deal Technologique, initiative phare du Sénégal destinée à accélérer la modernisation de l’administration publique et à favoriser une inclusion numérique plus large des populations.
Dakar, centre pilote de l’intégrité de l’information
L’un des faits marquants des discussions a été la reconnaissance du rôle stratégique du Centre d’information des Nations Unies de Dakar dans la lutte contre la désinformation. Melissa Fleming a annoncé que les centres de Dakar, Mexico et Bruxelles ont été désignés comme centres d’excellence pilotes pour l’intégrité de l’information.
« De Dakar à Mexico, de Rio à Windhoek, de Jakarta à New Delhi, les Centres d’information des Nations Unies travaillent avec les jeunes, les bénévoles, les institutions culturelles et les médias. Ils sont aussi en première ligne de l’intégrité de l’information », a-t-elle souligné.

Cette initiative vise à renforcer les capacités des acteurs locaux dans l’identification et l’analyse des narratifs nuisibles, l’évaluation de leurs risques et la mise en œuvre de réponses appropriées. Le programme devrait progressivement être étendu aux médias, aux organisations de la société civile, aux gouvernements et à d’autres partenaires.
Le défi du financement
Les discussions se sont toutefois déroulées dans un contexte de contraintes budgétaires persistantes. Selon Melissa Fleming, une évaluation indépendante a confirmé la pertinence des missions du Département de la communication globale tout en recommandant une meilleure coordination entre le siège de l’ONU et ses bureaux sur le terrain.
Au nom du Groupe des Amis de l’espagnol, l’Espagne a rappelé que les impératifs financiers ne devaient pas remettre en cause les principes fondamentaux du multilinguisme, estimant que celui-ci ne pouvait être considéré comme une simple variable d’ajustement budgétaire.
La réunion s’est tenue à l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes. Plusieurs délégations ont ainsi appelé à renforcer la protection des professionnels des médias, dans un contexte où les menaces contre la liberté de la presse demeurent préoccupantes dans plusieurs régions du monde.
Un leadership sénégalais au service d’une information plus inclusive
À travers sa présidence de la Quatrième Commission pour la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Sénégal entend promouvoir une gouvernance de l’information plus inclusive, respectueuse de la diversité linguistique et capable de répondre aux défis posés par les nouvelles formes de manipulation de l’information.
Le plaidoyer sénégalais intervient à un moment où l’ONU cherche à restaurer la confiance du public dans les sources d’information crédibles. En défendant l’égalité des langues, l’intégrité de l’information et l’inclusion numérique, Dakar confirme sa volonté de contribuer activement à la construction d’un espace informationnel mondial fondé sur la transparence, la pluralité et la fiabilité des contenus.








