Article issu du magazine Diplomatika – N°03 Salma BOUTERRAKA— Doctorante / FLASH, UHP Pr. Ahmed ZEHAF— PES / FST, UHP
Longtemps pensée comme un face-à-face entre héritage colonial occidental et présence chinoise montante, la diplomatie économique en Afrique s’est muée en un jeu à plusieurs pôles où les monarchies du Golfe occupent désormais une place déterminante. Cet article analyse les logiques, les instruments et les effets de cette triangulation Chine–Occident–Golfe, et interroge la capacité des États africains à transformer la concurrence des partenaires en levier de souveraineté économique.
Introduction : la fin d’un partenariat unique
Pendant plus d’un demi-siècle, la relation économique de l’Afrique avec le reste du monde s’est organisée autour d’un axe dominant : celui hérité de la colonisation et prolongé par l’aide publique au développement occidentale, les institutions de Bretton Woods et les accords de coopération bilatérale avec les anciennes puissances tutélaires.
Ce schéma a profondément évolué depuis le tournant des années 2000. L’irruption de la Chine comme premier partenaire commercial du continent, l’entrée en scène massive des pétromonarchies du Golfe et la reconfiguration des stratégies occidentales face à cette concurrence ont transformé l’Afrique en un espace de compétition — et parfois de coopération — entre puissances aux logiques distinctes.

Cette mutation ne relève pas seulement de la diversification des bailleurs. Elle traduit un changement de nature de la diplomatie économique elle-même : d’un rapport vertical d’aide au développement, le continent est en train de passer à un rapport davantage horizontal de négociation entre partenaires, où chaque puissance extérieure propose son propre modèle de coopération, ses propres instruments financiers et sa propre vision du risque et du rendement.
Comprendre cette recomposition suppose d’examiner successivement les trois pôles en présence, avant d’interroger ce qu’ils signifient concrètement pour la souveraineté économique des États africains.
La Chine : de la puissance commerciale à la diplomatie des infrastructures
Le modèle chinois en Afrique repose sur une architecture désormais bien identifiée : prêts concessionnels adossés aux ressources naturelles, financement d’infrastructures lourdes (routes, ports, chemins de fer, barrages), et présence d’entreprises publiques chinoises comme maîtres d’œuvre.
Le Forum sur la coopération Chine-Afrique (FOCAC), qui structure cette relation depuis 2000, a permis à Pékin de se positionner comme le premier partenaire commercial du continent, avec des échanges qui ont dépassé les 280 milliards de dollars ces dernières années.
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