Les bombes tombent sur la ville de Téhéran et les salves de missiles s’abattent sur Tel-Aviv, mais la peur a largement dépassé les frontières de ces villes en conflit. L’onde de choc se répercute désormais sur les économies fragiles des pays d’Afrique de l’Ouest qui, face à l’escalade, commencent à en subir les conséquences. Quels sont les secteurs les plus exposés et comment y faire face ? Décryptage.
Par Hamidou DIOP,
Journaliste spécialisé en Coopération internationale
En 2025, le continent africain avait retrouvé le chemin de la croissance, avec une inflation en baisse. De nombreux pays nourrissaient ainsi de solides espoirs pour 2026. Mais la guerre au Moyen-Orient, aux issues incertaines, vient semer le doute. La perturbation de l’approvisionnement en énergie, notamment liée au blocage du détroit d’Ormuz, a conduit le Fonds monétaire international à revoir ses prévisions à la baisse : la croissance régionale est désormais attendue à 4,3 %, contre 4,6 % auparavant.
Malgré le recul de la dette globale et la progression des réserves de change, les perspectives de croissance du continent ont légèrement fléchi. Les efforts de gestion budgétaire rigoureuse, comme au Sénégal, ainsi que les réformes structurelles engagées par des pays tels que le Nigéria, pourraient se heurter aux turbulences géopolitiques et à leurs multiples conséquences.
Les économies ouest-africaines, fortement dépendantes des importations et des exportations, risquent de subir la hausse des prix du pétrole, des engrais azotés — dont 20 à 30 % transitent par le détroit d’Ormuz — ainsi que d’autres intrants stratégiques. Cette situation entraîne des tensions sur les finances publiques, notamment à travers les subventions mises en place pour contenir la flambée des prix.
Face à ce contexte, les risques pour l’Afrique de l’Ouest sont multiples : endettement élevé, inflation persistante, faiblesse des réserves et fragilité institutionnelle.
Après la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient constitue aujourd’hui l’un des chocs exogènes les plus marquants. Dans un contexte de raréfaction de l’aide bilatérale et de durcissement des conditions financières internationales, les marges de manœuvre se réduisent, appelant les États à accélérer les réformes.
D’abord, la question de la gouvernance demeure centrale dans cette dynamique de transformation économique. La lutte contre la corruption s’impose comme un préalable indispensable pour restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs. Les économies ouest-africaines doivent également renforcer leurs capacités fiscales afin de mobiliser davantage de ressources internes et réduire leur dépendance aux financements extérieurs. Dans ce cadre, l’amélioration de la crédibilité de l’État devient un enjeu stratégique : transparence dans la gestion publique, redevabilité des institutions et stabilité des règles du jeu constituent des signaux forts pour attirer les capitaux et stimuler l’initiative privée. Le Sénégal s’inscrit déjà dans cette dynamique.
Ensuite, la performance des entreprises publiques, notamment dans les secteurs clés comme l’électricité, l’eau et les transports, reste un défi majeur. Ces services structurants conditionnent directement la compétitivité économique. Une réforme en profondeur de ces entités, axée sur l’efficacité, la gouvernance et l’investissement dans les infrastructures, apparaît essentielle pour soutenir une croissance durable et inclusive.
Enfin, l’intégration régionale, portée par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), offre des perspectives considérables, à condition de lever les obstacles persistants. Au-delà des barrières tarifaires, ce sont surtout les obstacles non tarifaires — lourdeurs administratives, tracasseries aux frontières, normes disparates — qui entravent la fluidité des échanges. Leur réduction est indispensable pour permettre aux économies africaines de tirer pleinement parti de ce vaste marché commun, de renforcer les chaînes de valeur régionales et de stimuler le commerce intra-africain. Le contexte actuel peut ainsi constituer une opportunité, en attendant une désescalade et une reprise complète du trafic dans le détroit d’Ormuz.








