L’Algérie consacre 25 milliards de dollars à sa défense en 2026, soit 20 % de son budget national. Première nation étrangère à réceptionner le chasseur furtif russe Su-57, deuxième puissance militaire du continent africain, Alger affiche une montée en puissance spectaculaire. Entre menaces sahéliennes réelles, rivalité structurelle avec le Maroc et ambitions de leadership régional, décryptage d’une stratégie militaire aussi lisible dans ses raisons que questionnable dans ses arbitrages.
Alors que toutes les caméras du monde sont braquées sur la situation sécuritaire chaotique du Mali, à ses frontières sud, un autre acteur régional ne cesse de se renforcer. Militairement, l’Algérie semble plus forte que jamais. Exemple palpable de cette montée en puissance, depuis fin 2025 on peut désormais apercevoir dans le ciel algérien 2 avions chasseurs Su-57 « Felon » aux couleurs de l’Armée Nationale Populaire (ANP). L’acquisition de cet appareil d’origine russe est le fruit d’un contrat estimé à 2 milliards de dollars pour le tout pour une livraison total de 14 appareils, confirmé par le PDG de la Corporation unifiée de construction aéronautique (UAC), Vadim Badekha. L’Algerie devient donc le premier pays étranger à réceptionner ce chasseur furtif de cinquième génération, jusqu’ici exclusivement opéré par la Russie elle-même.
Parallèlement, Alger a adopté un budget de défense record de près de 25 milliards de dollars pour l’année 2026, soit 20 % du budget national et environ 8 à 9 % du PIB du pays, un niveau rarement atteint par un État africain en temps de paix.
Au vu de ces chiffres impressionnants les analystes s’interrogent : cette montée en puissance spectaculaire répond-elle uniquement aux menaces sécuritaires aux frontières ? Ou cache-t-elle des ambitions géopolitiques plus larges et, aux yeux de certains voisins, plus suspectes ?
QUE VAUT L’ARMÉE ALGERIENNE EN 2026 ?
Selon le classement Global Firepower 2026, l’Algérie occupe la 27e place mondiale sur 145 nations évaluées, 2e puissance militaire d’Afrique derrière l’Égypte, et 3e du monde arabe derrière l’Égypte et l’Arabie saoudite. Elle devance le Nigeria (33e) et l’Afrique du Sud (40e) sur le continent. Ce n’est pas qu’une affaire de chiffres : c’est le résultat d’une doctrine de modernisation continue, engagée depuis le début des années 2000 mais nettement accélérée après 2022.
L’ANP dispose aujourd’hui d’effectifs estimés à environ 465 000 hommes (actifs, réservistes et paramilitaires confondus), d’une flotte aérienne qui intègre des Su-30 et des Su-35, avec désormais les premiers Su-57E reçus et d’autres Su-34 en cours de livraison selon les informations concordantes émanant du suivi logistique russo-algérien. Côté défense aérienne, l’Algérie a acquis le système russe S-400, l’un des plus redoutés au monde, ainsi que le Tor-M2. Côté drones, l’ANP intègre les Wing Loong 2 chinois, comparables aux MQ-9 Reaper américains, et a commandé des Anka S+ turcs. Sa flotte navale s’est également étoffée : nouvelles frégates, sous-marins ; l’Algérie investit ses trois façades stratégiques (terrestre, aérienne, maritime).

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Fait anecdotique : avec près de 8 à 9 % de son PIB consacré à la défense, l’Algérie se situe dans une catégorie à part. Si elle était membre de l’OTAN, elle serait sans doute dans les bonnes grâce de Donald Trump, lui qui ne cesse de pousser les pays Otanien à atteindre les 2 % exigés par les normes de l’organisation. Dans les faits, peu y arrivent, l’exercice est loin d’être simple. Malgré cela Alger affiche plus de quatre fois ce seuil, un zèle qui ne manque pas d’attirer l’attention et parfois l’inquiétude de ses voisins.
La répartition interne du budget est instructive : sur les 25 milliards, environ 13 milliards vont au fonctionnement courant de l’ANP (soldes, formation, logement), 6 milliards aux équipements militaires et leur maintenance, et 5 milliards à la logistique de soutien. Seul un tiers, donc, est directement lié aux achats d’armes, ce que les autorités algériennes s’empressent de rappeler face aux critiques.
DE l’aln à l’anp : L’armée, colonne vertébrale de l’État algérien
Pour comprendre la trajectoire si particulière prise par ce pays , il faut revenir à l’histoire même de l’Algérie. L’ANP n’est pas née d’une réforme institutionnelle tranquille : elle est l’héritière directe de l’ALN, l’Armée de Libération Nationale qui a porté dans le sang l’indépendance de 1962. Ce baptême du feu a fondé un rapport particulier entre les militaires et l’État qui dure jusqu’à aujourd’hui. En Algérie, l’armée n’est pas au service du politique : elle est le politique, ou du moins en constitue le noyau dur.
Ce rôle fondateur a survécu aux crises. La Décennie noire (1991-2002) a été le test ultime : face à la montée du GIA et du GSPC, l’ANP a mené une contre-insurrection féroce qui a coûté entre 100 000 et 200 000 vies civiles selon les estimations. L’armée en est sortie renforcée politiquement, convaincue de sa mission historique de garant de l’ordre et de l’intégrité territoriale. Le concept d’« armée-nation », souvent évoqué dans les discours officiels, n’est pas de la propagande creuse.
Aujourd’hui, le chef d’état-major Saïd Chengriha est ministre délégué à la Défense nationale, une posture qui lui confère une visibilité politique sans précédent. Le fait que le premier poste budgétaire du pays soit contrôlé par un militaire, sans audit public, en dit long sur la nature du régime algérien et sur les marges de manœuvre réelles dont dispose le président Tebboune face à l’institution.
LES DEFIS : GERER UN TERRITOIRE-CONTINENT SOUS PRESSION
Défis internes
Gouverner militairement 2,38 millions de km², l’équivalent de 5 fois le territoire français reste le premier défi de l’ANP. L’Algérie partage plus de 6 500 kilomètres de frontières terrestres avec sept pays, dont plusieurs sont en crise ouverte : Mali, Libye Niger et dans une moindre mesure le Soudan.
À l’est, les forces de Haftar se sont dangereusement rapprochées de la frontière algérienne. Au sud, le retrait des forces françaises du Sahel a créé un vide sécuritaire que ni l’AES et son allié russe ne parviennent à combler.
Sur le plan interne, les défis sont multiples : le narcotrafic (le couloir sahélo-maghrébin est l’un des plus actifs au monde), le grand banditisme transfrontalier, et un terrorisme résiduel qui continue d’agiter les régions isolées du Sud. Face à l’intensification des menaces transnationales, des guerres sahéliennes et des actes terroristes aux frontières, l’Algérie a également consacré des moyens significatifs à ses capacités de renseignement militaire. Le développement du renseignement humain (HUMINT) et du renseignement électronique (SIGINT) dans les zones frontalières est devenu une priorité opérationnelle aussi importante que l’armement conventionnel. Récemment, l’attaque fulgurante des FLA et du JNIM contre les Forces maliennes a servi de rappel brutal : sans information fiable en temps réel, les 2 milliards de km² de désert restent une faille impossible à couvrir.
L’industrialisation de la défense reste elle aussi un chantier inachevé : l’Algérie importe encore l’essentiel de ses équipements lourds, et les experts recommandent d’allouer au moins 2 milliards de dollars par an à la construction d’une industrie nationale de défense.
Défis externes
On peut le dire, la rivalité avec le Maroc constitue le ciment idéologique de la doctrine militaire algérienne. Depuis la rupture des relations diplomatiques en 2021, les deux pays se regardent en chiens de faïence et s’arment à un rythme soutenu. La chercheuse Intissar Fakir, du Middle East Institute de Washington, l’a dit sans détour en novembre 2025 : aucun des deux pays ne veut la guerre, mais tous deux semblent s’y préparer.
Cette méfiance n’est pas nouvelle : elle plonge ses racines dans la guerre des Sables de 1963, premier affrontement armé entre l’Algérie indépendante et le Maroc, né d’un différend frontalier autour de Tindouf et Béchar. Bien que brève, cette guerre a laissé une cicatrice durable dans les mémoires et a façonné une relation bilatérale marquée par la suspicion et la compétition militaire.
La question du Sahara Occidental est l’autre pomme de la discorde et l’Algérie n’y ménage aucun effort. Alger est le principal soutien politique, diplomatique et matériel du Front Polisario depuis cinquante ans. En plus d’être posture idéologique héritée de l’ère des mouvements de libération nationale cette approche est aussi un levier stratégique conscient. En finançant et armant Polisario dans les camps de Tindouf, l’Algérie entretient une pression permanente sur le flanc sud du Maroc, neutralisant une partie de ses ressources militaires et diplomatiques. La reconnaissance par les États-Unis du plan d’autonomie marocain lors du vote onusien de novembre 2025 a isolé Alger sur ce dossier, mais sans la faire changer de position d’un iota.
D’autre part, le dossier malien rajoute une couche supplémentaire de complexité géopolitique. L’Algérie, signataire de l’Accord d’Alger de 2015, a vu son rôle de médiateur balayé par la junte. L’incident du drone en 2025, un appareil algérien abattu ou dévié en territoire malien selon les versions, a achevé de glacer les relations avec Bamako, qui accuse régulièrement Alger de soutenir le FLA.
Les raisons profondes d’une montée en puissance
Plusieurs logiques se superposent pour expliquer cette trajectoire, et elles sont inséparables.
La guerre en Ukraine est en le principal détonateur. Dans les faits, le conflit russo-ukrainien a agi comme un révélateur : la vétusté des arsenaux soviétiques est devenue un réel problème. L’Algérie, dont l’armée a longtemps fonctionné avec du matériel russe de générations précédentes héritées de l’URSS, a tiré les leçons des images venues d’Ukraine : des T-72 détruits par des drones de quelques milliers de dollars, des systèmes de défense antiaérienne dépassés par les munitions rôdeuses, des communications brouillées, des blindés sans protection contre les missiles antichar portables. Depuis lors, les dépenses d’équipement militaire visent à moderniser l’intégralité de l’arsenal pour le rendre conforme aux normes d’une guerre conventionnelle moderne.
D’un autre coté on peut citer la réponse au rapprochement Maroc-Israël. Depuis les Accords d’Abraham de 2020, Rabat et Tel-Aviv ont bâti un partenariat militaire qui s’approfondit chaque année. En 2026, le Maroc a activé le système de défense aérienne israélien Barak MX, capable d’intercepter drones et missiles de croisière sur 150 kilomètres. Israel Aerospace Industries a étendu ses activités au Maroc dans les secteurs les plus sensibles : drones, surveillance, commandement. Rabat est devenu le premier client militaire des États-Unis en Afrique, avec plus de 8,5 milliards de dollars de contrats actifs, et ses dépenses de défense ont bondi de 18 % entre 2025 et 2026. Face à ce que beaucoup à Alger décrivent comme un « encerclement stratégique », la réponse algérienne ne pouvait pas être uniquement diplomatique.
Il convient également d’ajouter que les autorités algériennes optent pour un portefeuille de partenaires délibérément diversifié. L’Algérie refuse la dépendance à un seul bloc. Sa base d’approvisionnement militaire réunit la Russie (S-400, Su-35, Su-57, Su-34, sous-marins), la Chine (Wing Loong, corvettes), mais aussi l’Allemagne (sous-marins Type 209), l’Italie (patrouilleurs), la Turquie (drones Anka) et l’Inde (coopération croissante). Cette diversification est à la fois pragmatique et politique car elle permet à Alger de ne pas être neutralisée par un embargo et de conserver sa liberté de ton dans les forums internationaux.
Les dépenses militaires servent aussi à nourrir l’ambition de leadership sahélien et arabe. L’Algérie entend s’imposer. Elle revendique le statut d’interlocuteur de premier choix pour la sécurité du Sahel et vise à consolider sa place de troisième puissance militaire du monde arabe. Ce positionnement se construit à la fois par l’activisme diplomatique et par des capacités de dissuasion en pleine expansion.
Principaux partenaires stratégiques de l’ANP
| Partenaire | Équipements / Coopération |
| Russie | Su-57E, Su-35, Su-34, S-400, Tor-M2, sous-marins, missiles |
| Chine | Drones Wing Loong 2, corvettes, véhicules blindés |
| Allemagne | Sous-marins Type 209 |
| Italie | Patrouilleurs navals, coopération technique |
| Turquie | Drones Anka S+ |
| Inde | Coopération industrielle défense en développement |
Les limites et les angles morts de cette stratégie
L’histoire nous rappelle qu’aucune nation ne peut éternellement tout miser sur la force sans fragiliser ses propres bases.
- Premier angle mort : la soutenabilité budgétaire. Le déficit public algérien dépasse 12 % du PIB. En 2026, l’État prévoit 137 milliards de dépenses pour seulement 62 milliards de recettes. La différence repose sur la rente pétrolière, mais avec un Brent attendu autour de 60 dollars, la marge est étroite. Le FMI et la Banque mondiale alertent : la dette intérieure pourrait vite devenir un fardeau.
- Deuxième angle mort : les arbitrages sociaux. Le budget de la Défense dépasse à lui seul ceux de l’Éducation (14,2 milliards), de la Santé (8 milliards) et de l’Intérieur réunis. Pendant ce temps, 15 % des jeunes sont officiellement au chômage, les pénuries de médicaments persistent et les perspectives manquent. L’argent investi dans l’armée ne crée ni emplois diversifiés ni souffle économique.
- Troisième angle mort : la dépendance aux importations. L’Algérie reste tributaire de ses fournisseurs étrangers pour ses équipements lourds. Embargos, retraits de partenaires ou chute du dinar sont autant de menaces. L’opacité budgétaire ajoute à l’inquiétude : 13 milliards classés en « administration générale » sans détail public.
Enfin, la tension avec le Maroc reste vive. Deux voisins sans relations diplomatiques, engagés dans une course aux armements et opposés sur le Sahara Occidental : la frontière entre dissuasion et incident est plus mince que jamais.
Conclusion
L’Algérie ne militarise pas par caprice. Elle répond, avec les moyens que lui procure la rente gazière, à un environnement régional objectivement hostile : voisinage sahélien en flammes, rivalité structurelle avec un Maroc de plus en plus intégré dans des alliances occidentales et israéliennes, vide sécuritaire au Sud, menaces transnationales multiples, terrorisme résiduel aux frontières. La montée en puissance de l’ANP est d’abord défensive dans sa logique, même si elle produit des effets de course aux armements difficiles à contrôler.
Ce qui interroge davantage, c’est la trajectoire interne. Un État qui alloue 20 % de son budget à la défense au détriment de secteurs sociaux et économiques essentiels prend un pari risqué sur le long terme. La puissance militaire peut protéger un territoire ; elle ne crée pas les emplois ni les infrastructures dont une population jeune a besoin pour ne pas se détourner de son propre pays.
Pour les partenaires africains de l’Algérie, la question qui se pose est finalement celle-ci : cette Algérie armée jusqu’aux dents sera-t-elle un garant régional de la stabilité, ou un acteur supplémentaire dans une région qui n’a pas besoin de nouvelles courses aux armements ? La réponse appartient autant aux diplomates qu’aux généraux.
SOURCES
[1] Mondafrique — « Alger, un budget 2026 adopté dans l’opacité au profit de l’armée » — 12 octobre 2025. https://mondafrique.com
[2] TSA Algérie — « PLF 2026 : les cinq plus gros budgets de l’Algérie » — 9 octobre 2025. https://www.tsa-algerie.com
[3] Le JDD — « Algérie : Tebboune adopte un budget militaire historique de 25 milliards de dollars pour 2026 » — 11 octobre 2025. https://www.lejdd.fr
[4] Algérie 360 — « Défense : l’Algérie parmi les 30 armées les plus puissantes du monde en 2026 » — 28 janvier 2026. https://www.algerie360.com
[5] Le Jeune Indépendant — « Selon Global Firepower : L’ANP un leader régional » — 27 janvier 2026. https://www.jeune-independant.net
[6] Zone Militaire (OPEX 360) — « De nouvelles images confirment la présence d’avions de 5e génération russes Su-57 en Algérie » — 23 février 2026. https://www.opex360.com
[7] Meta-Defense — « 167 vols cargos vers l’Algérie en 2 mois : la livraison des Su-57E et Su-35S russes a-t-elle débuté ? » — 4 mai 2026. https://meta-defense.fr
[8] Meta-Defense — « Rosoboronexport revendique des contrats export pour le Su-57E » — 20 avril 2026. https://meta-defense.fr
[9] Maghreb Online — « L’Algérie, 1er pays à recevoir l’avion furtif Su-57 » — 18 novembre 2025. https://www.moroccomail.fr
[10] Agence Ecofin — « L’Algérie : l’achat de 14 avions de combat furtifs Su-57 à la Russie va coûter 2 milliards $ ». https://www.agenceecofin.com
[11] Le360.ma — « Maroc-Israël : le détail des projets majeurs de coopération militaire » — 13 janvier 2026. https://fr.le360.ma
[12] Le360.ma — « Maroc-Israël : un nouveau plan d’action militaire pour consolider un partenariat stratégique en 2026 » — 6 janvier 2026. https://fr.le360.ma
[13] Bladi.net — « Course aux armements au Maghreb : L’Algérie et le Maroc transforment le Nord de l’Afrique en poudrière » — mai 2026. https://www.bladi.net
[14] IsraelValley — « Algérie et Maroc. Israël observe une course aux armements inédite » — 7 décembre 2024. https://israelvalley.com
[15] International Crisis Group — « Gérer les tensions entre l’Algérie et le Maroc » — Rapport 247, février 2025. https://www.crisisgroup.org
[16] International Crisis Group — « Une ouverture diplomatique au Sahara occidental » — Briefing 96, octobre 2025. https://www.crisisgroup.org
[17] The Conversation — « Conflit du Sahara occidental : pourquoi l’Algérie soutient le Front Polisario » — 8 juillet 2025. https://theconversation.com
[18] RTS — « Après le vote de l’ONU sur le Sahara occidental, le Maroc exulte, l’Algérie sous pression » — 5 novembre 2025. https://www.rts.ch
[19] Algérie Solidaire — « Le budget de la défense nationale pour l’année 2026 s’approche des 25 milliards de dollars » — octobre 2025. https://algeriesolidaire.net
[20] New African / Magazine de l’Afrique — « Le budget de l’Algérie est-il réaliste ? » — octobre 2025. https://magazinedelafrique.com
[21] Global Firepower — Classement mondial 2026 des armées. https://www.globalfirepower.com
[22] SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) — Données sur les dépenses militaires mondiales 2023-2025.








