Mariarosaria Iorio, Analyste politique
Un peu d’histoire
L’Accord de Cotonou (2000-2020) entre l’Union européenne (UE) et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) a encadré le partenariat historique entre l’Europe et les pays ACP. L’accord de Cotonou (anciennement les conventions de Yaoundé et de Lomé) avait trois objectifs principaux, à savoir : (i) le développement durable ; (ii) l’intégration régionale ; et (iii) la réduction de la pauvreté dans les pays ACP, par le biais du commerce et de la coopération internationale.
L’accord prévoyait un dialogue politique accompagné d’un développement économique et d’un accès préférentiel des produits ACP aux marchés européens. Le dialogue UE-ACP et la programmation conjointe étaient au cœur de ce partenariat qui, tout en étant confronté à ses propres défis, revêtait une grande importance dans le contexte de la coopération internationale.
En effet, l’Accord de Cotonou défendait l’idée que la relation UE-ACP devait placer les besoins des pays bénéficiaires au cœur de sa programmation tout en sachant qu’il s’agissait d’une relation donateur-bénéficiaires. Il s’agissait de garder une relation qui ne devait plus être topdown, comme il avait été le cas par le passé, avec une identification conjointe des projets et des programmes.
Le dialogue est donc resté donateur-bénéficiaire, tout en donnant aux pays bénéficiaires la possibilité de faire entendre leurs priorités et mettre sur la table leurs préoccupations. Le Fonds Européen de Développement (FED) était l’instrument de financement pour la mise en œuvre de l’Accord de Cotonou.
La fin de l’accord de Cotonou en 2020 (avec des prolongations jusqu’en juin 2023) a marqué un changement de paradigme qui a abouti à l’accord de Samoa (novembre 2024).
Le nouveau paradigme
Le discours sur la coopération internationale et sur les relations UE-ACP a changé à la lumière du changement de paradigme dans les relations internationales mondiales. L’expiration de l’Accord de Cotonou a en fait coïncidé avec un nouveau contexte géopolitique global avec la Chine ayant gagné de la place dans la coopération avec l’Afrique. L’UE a donc voulu mettre en place une stratégie européenne de diplomatie économique, notamment le Global Gateway.
Le nouveau discours européen met désormais l’accent sur le partenariat économique entre égaux. L’accord de Samoa marque la fin du discours traditionnel sur la coopération internationale fondée sur le secteur public en gestion décentralisée, et place le secteur privé au cœur de la coopération internationale.
En effet, le nouveau paradigme est axé sur les intérêts communs des deux continents et sur le secteur privé en tant que moteur du développement économique dans les pays africains.
La nouvelle stratégie de l’UE (Global Gateway) incarne ce changement et met l’accent sur la promotion des entreprises européennes et des intérêts européens dans les pays tiers. Le développement économique des pays africains serait désormais porté par le secteur privé et les investissements bancaires.
L’UE reprend le contrôle de la mise en œuvre des projets et de la programmation tout en recentralisant la gestion des projets. La coopération avec l’Afrique est distincte de la coopération avec les Caraïbes et le Pacifique, pour laquelle il existe deux protocoles différents.
Dans ce contexte, les entrepreneurs européens et africains doivent travailler ensemble pour trouver des opportunités et lancer des initiatives communes. L’attention se déplace des politiques publiques vers la création de richesse par le secteur privé. Les secteurs de prédilection seront inter alia l’infrastructure, le transport et le digital.
Un cadre national pour soutenir l’action des entrepreneurs sera également nécessaire pour assurer une redistribution équitable de la richesse créée par ces actions.
C’est le défi d’avenir.








